Europe et citoyens : une dialectique devenue complexe ?

Charles Girardin

Que penser de l’actualité européenne de ce week-end, et plus particulièrement de l’allocution de Barack OBAMA, le 22 avril à Londres, menaçant la Grande-Bretagne au sujet du Brexit et des élections présidentielles autrichiennes où l’extrême droite est arrivée en tête ? Pour répondre à cette question il faut placer ce discours dans le contexte actuel.

Concernant tout d’abord les accords transatlantiques (TAFTA ou TTIP), il convient de se rappeler qu’une quarantaine de villes de toute l’Europe, dont Grenoble, se sont retrouvées la semaine dernière à Barcelone, pour s’opposer à ces accords en se déclarant zones hors TAFTA. Le maire de Barcelone, fraichement élue, avait fait voter en octobre 2015 une résolution faisant de sa ville une zone anti-TAFTA et anti-CETA (accords commerciaux UE/Canada).

Même si ces accords ne trouvent pas toujours écho auprès des citoyens, il y avait pourtant déjà eu une très importante manifestation le 10 octobre 2015 à Berlin pour protester contre le TTIP. Une nouvelle protestation s’est déroulée ce week-end à Hanovre et les journaux télévisés français en ont enfin parlé dimanche soir. Il ne fait aucun doute que ces accords sont aussi opaques qu’anti-démocratiques.

Parallèlement, les accords transatlantiques économiques et commerciaux entre l’Union européenne et le Canada (Accord économique et commercial global appelé AECG) ont été conclus en 2015. Evidemment, les multinationales européennes et canadiennes applaudissent. Ces accords sont considérés comme le «bac à sable » pour la négociation du TTIP.

Ensuite, il y a le pendant du TTIP : l’accord transpacifique (TPP), mis en place en 2010 et composé de douze Etats (notamment Etats-Unis, Brunéi, Singapour, Nouvelle-Zélande, le Japon négociant depuis 2011). Il prévoit la création d’une zone de libre-échange. Objectif : suppression des barrières douanières, création de nouvelles règles en matière de propriété intellectuelle. Bien entendu, il s’agit aussi de contrer l’hégémonie de la Chine.

Le TPP est une priorité de B. Obama qui en défend le potentiel pour les exportateurs américains. Il souhaite même le finaliser d’ici la fin de son mandat en adoptant une loi dite de procédure accélérée. Cette procédure pourrait même s’appliquer à tous les accords négociés par le président actuel.

Le discours de B. Obama s’inscrit aussi dans une année 2016 avec deux référendums. celui sur le Brexit, à propos duquel le Président américain a été menaçant, bien qu’il ne soit prévu que pour le 24 juin. Le «petit référendum», lui, vient d’avoir lieu aux Pays-Bas. Il s’agissait de se prononcer sur l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Ukraine. S’il n’a pas mobilisé les foules, son résultat est sans ambiguïté, avec 61 % des voix pour «non».

Précisons que l’accord UE-Ukraine a été ratifié par tous les pays de l’Union. Il est d’ailleurs en vigueur depuis le 1er janvier 2015. Cependant, depuis le mois de juillet 2015, les citoyens ont le droit d’initier des référendums consultatifs en réunissant 300 000 signatures. Ce qui fut le cas avec 428 000 signatures en six semaines !

Jean-Claude Juncker avait affirmé en janvier dernier qu’un «non» hollandais ouvrirait la voie à une «crise à l’échelle continentale». Il confirmait par là même qu’il s’agissait bien d’un vote sur l’Europe. Aujourd’hui il a beau jeu de rejeter la responsabilité de ce qui pourrait survenir sur le gouvernement néerlandais.

Nous nous rappelons du référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005. Plus de 61 % des électeurs hollandais avaient répondu par la négative. Néanmoins, comme en France, les parlementaires avaient pourtant décidé de ratifier le traité de Lisbonne.

Compte tenu que l’accord avec l’Ukraine est entré en vigueur et du caractère consultatif du référendum il est vraisemblable qu’il n’en sera pas tenu compte non plus…

Depuis le rejet du projet de Constitution européenne en 2005, l’UE tente de contourner le peuple. Le traité de Lisbonne, adopté en 2007, qui reprend certains éléments du projet de Constitution, constitue un exemple. Le référendum qui s’est tenu en Grèce au mois de juillet 2015, avec un résultat tout aussi négatif, en est un autre.

De même, il faut bien avouer que les lobbies exercent une grande pression pour la conclusion des accords transatlantiques. Monsanto ne cache d’ailleurs pas les espoirs qu’il place dans cette zone de libre-échange pour imposer ses produits OGM. L’influence des Etats-Unis sur la Commission européenne et les Etats membres pour conclure ces accords est ainsi indéniable. De ce point de vue, B. OBAMA préfère évidemment voir la Grande-Bretagne dans l’Union européenne, où elle lui sera plus utile, qu’en dehors de celle-ci.

Dans ces circonstances, les référendums successivement négatifs s’expliquent aisément. Mais l’Euro et l’immigration représentent d’autres sujets sensibles à propos desquels l’Union européenne apparaît sans réponse et même sous influence… Le vote pour l’extrême droite en Autriche, et plus largement le rejet des partis au pouvoir depuis 1945 dans ce pays, ne devrait pas être une surprise. Tout comme le développement de l’extrême droite dans l’ensemble de l’Europe.

La défiance des citoyens à l’égard des partis politiques, des Etats et de l’Union européenne prend des proportions aussi importantes qu’inquiétantes. Nous assistons assurément à une crise politique majeure. Pour cette raison, nous devons dépasser le cadre politique actuel et faire preuve d’imagination, de créativité. C’est au citoyen lui-même d’agir, de s’engager afin de s’organiser et de trouver les solutions. Il appartient à lui-seul de décider de son destin comme nous commençons d’ailleurs à l’observer ici et là. C’est certainement même sa responsabilité !

Charles GirardinCharles Girardin

Conseiller régional CAP21

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